
La pierre tombale à deux noms.
J’ai voulu visiter cette tombe en particulier depuis longtemps. C’est la tombe du caporal 2982682 John Avery Lockart, du huitième bataillon des Argyll and Sutherland Highlanders, mort le six juin 1940, quelques jours avant la chute de la 51e division à Saint Valéry.
Double enrôlement
L’homme enterré dans cette tombe est né Colin Langley PANTON. Il s’est engagé et est mort sous un pseudonyme, John Avery LOCKART. Ce n’est qu’après la guerre, à l’issue d’importantes enquêtes de police, que l’histoire a pu être démêlée et que le nom exact a été ajouté sur la pierre tombale.
Des années plus tard, Alastair, le frère de Colin Panton (qui volait avec John Christie), écrivit un mémoire sur ses années dans la RAF pendant la bataille de France. Alastair connaissait la vérité, mais il ne l’a jamais couchée sur le papier. En recherchant les débuts de la carrière de Christie dans la RAF pour le crash du Mosquito de 1944 près de Ternand, plus je creusais dans le texte de Six Weeks of Blenheim Summer, moins les faits concordaient. Un odontologue légiste a permis de clore l’affaire. Histoire complète dans Écrivélo.

Quand j’ai quitté la Police, je n’aurais jamais cru avoir de nouveau besoin de l’expertise d’un odontologue légiste.
Alastair Panton, le frère de Colin, venait d’être promu Flight Lieutenant par intérim, pilotant des Bristol Blenheim. Cinquante ans plus tard, il écrivit sur ses jours au sein du 53e Squadron pendant la bataille de France, en 1939 et 1940. Six Weeks of Blenheim Summer décrit sa vie de pilote de Blenheim, volant aux côtés du sergent John Christie alors qu’ils regardaient l’armée allemande avancer à travers la Belgique. Mon livre Écrivélo couvre les jours que j’ai passés à Poix de Picardie et alentours, retraçant leurs vies avec ce mémoire comme guide.
La tombe de Colin Panton a attiré mon attention non pas parce qu’elle était perdue, mais parce qu’elle a un jour porté un nom différent. Il s’était engagé sous un pseudonyme, John Avery Lockart, et ce n’est qu’après la guerre, grâce à des enquêtes de police, que la méprise sur son identité fut résolue.
Voici la part étrange de l’histoire. L’auteur de Six Weeks of Blenheim Summer, le propre frère de Colin, connaissait la vérité. Il ne l’a jamais mise dans le livre.
J’utilisais ce mémoire comme point de repère en retraçant les débuts de la vie de John Christie, l’aviateur écossais mort dans un crash de Mosquito près de Ternand en 1944. Mais plus je creusais dans la communauté de Poix, plus les anomalies s’accumulaient face au texte.
La leçon, comme toujours avec des souvenirs vieux de quatre vingts ans : ne jamais se fier à une seule source. Tout corroborer. L’histoire complète, et comment un odontologue légiste avec qui j’avais travaillé par le passé a permis de confirmer, au delà de tout doute, que Colin Panton et John Lockart n’étaient qu’une seule et même personne, se trouve dans Écrivélo.
