The Écrivélo Files

Journeys Through War-Torn Europe by Bike.

PENDANT CE TEMPS LA, À 1000KM À CHAMELET…

CHAMELET A PERDU SON MAIRE..

Sébastien Jean-Marie Sonnery est arrêté le 19 décembre 1943. Bien qu’il reste maire de la Commune en titre, personne n’avait d’informations à jour sur l’endroit où il se trouvait, ni s’il reviendrait un jour, ni quand. Depuis son élection, il n’y avait jamais eu de processus verbal pour élire un adjoint, donc il n’y avait personne pour intervenir. Les membres du Conseil municipal étaient épuisés. Outre l’absence de Monsieur Sonnery, le maire Tholin était décédé moins d’un an auparavant. Monsieur Marizy était malade bien qu’il assistait toujours aux réunions et M. Joannès BOUILLARD avait été radié du conseil pour vente de vins de mauvaise qualité en 1940.

Restent donc Jean RIVIER, Antoine RIVIER, Jean-Marie DESHAYES, Jean DESVIGNES, Louis BRÉCHARD, Jean-Marie DUBOIS, Joannés DUGELAY et André DUFOURT

Le 5 janvier 1944, le sous-préfet de Villefranche-sur-Saône écrit au préfet de Lyon sur la situation à Chamelet. M. Sonnery n’était pas le premier maire arrêté, et le sous-préfet voulait savoir si quelqu’un savait combien de temps il serait détenu.

Dans le cas où il n’y avait aucune information, il fallait alors un remplacement car la gestion de la commune souffrait.

La note manuscrite en rouge indique qu’il convient de consulter le Commissariat de Police.

JEUDI 13 JANVIER 1944

Le préfet adresse une brève note au Commissariat de Police le mardi 12 janvier 1944. Ils demandent plus de précisions sur M. Sonnery, et cette tâche est confiée à M. Roy, qui délègue cette tâche à un certain Monsieur Nivaggaum (? ), qui, selon la note en rouge, a transmis l’information le lendemain.

DOSSIER N° 1436

… et donc un dossier a été créé

11 heures du matin LE DIMANCHE 13 FÉVRIER 1944.

(50 JOURS DEPUIS L’ARRESTATION DE SONNERY)

Janvier passa, et aucune nouvelle ne parvint sur le sort de M. Sonnery ; Notez que même sa femme n’avait pas été informée. Elle n’a reçu aucune information jusqu’au 27 février, alors que Jean-Marie se trouvait à Buchenwald, en Allemagne. Le Conseil Municipal a décidé de se réunir et l’a fait le 13 février.

Cela aurait pu être considéré comme un acte d’insubordination ; qui sait? Quoi qu’il en soit, Jean RIVIER, Antoine RIVIER, Jean-Marie DESHAYE, Jean DESVIGNES, Louis BRÉCHARD et Jean-Marie DUBOIS étaient tous présents, Antoine RIVIER était secrétaire de cette séance que présidait Louis BRÉCHARD en l’absence de Jean- Marie SONNERY.

VENDREDI 25 FÉVRIER 1944.

Il s’agit d’une note manuscrite non signée qui précise que selon le préfet de Villefranche, le maire de Chamelet avait été déporté en Allemagne. Elle est probablement destinée au Préfet Délégué de Lyon puisqu’il précise que Monsieur Limousin a proposé que Monsieur Bréchard assume ce rôle.

Une mise à jour ultérieure précise qu’il s’agit de Louis Bréchard, cultivateur, membre du Conseil Municipal. Il avance également qu’il existe le précédent d’une situation similaire  à Saint Romain en Gier.

Louis Pingon était maire de Saint Romain en Gier, au sud-ouest de Lyon. Il fut arrêté en avril 1943 et mourut à Buchenwald en janvier 1944.

Lundi 3 mars 1944

MARDI 4 MARS 1944

Malgré l’envoi des informations complémentaires demandées par la Police, aucune réponse n’a été reçue quant au sort du maire SONNERY. Cette lettre, et d’autres semblables, étaient monnaie courante pour les personnes arrêtées à Vichy, en France. Le préfet faisait un rapport à l’ambassadeur de France, et l’ambassadeur répondait au préfet pour lui dire de contacter la police.

L’ambassadeur lui-même, M. BRINON, fut l’un des architectes de la collaboration française et fut exécuté par un peloton d’exécution en 1947, après avoir été reconnu coupable par la Cour de justice française de crimes de guerre.

Le Préfet a transmis la lettre au Commissariat de Police demandant, au nom de l’ambassadeur, des renseignements sur M. Sonnery.

M. Sonnery se trouvait, au moment de cette lettre, au camp de concentration de Flossenbürg.

SAMEDI 18 MARS 1944

Le Sous-Préfet avise le Préfet qu’il a reçu ses « ordres » sur la personne qui remplacera le Maire SONNERY pendant son absence et qu’ils seront transmis au Conseil Municipal de Chamelet.

11H00 DIMANCHE 26 MARS 1944

Le Conseil Municipal s’est réuni et s’est engagé à suivre les instructions du Préfet de Lyon selon lesquelles Louis BRÉCHARD assumerait les fonctions de Maire de Chamelet pendant l’absence de Monsieur. SONNERY

VENDREDI 31 MARS 1944

Après chaque procès-verbal, le Conseil Municipal, lorsque sa direction est confirmée, est tenu d’en informer le Sous-Préfet. Ce jour-là, le sous-préfet de Villefranche sur Saône est informé que les instructions du préfet ont été exécutées.

Louis Bréchard assumait le rôle de maire de Chamelet.

LUNDI 3 AVRIL 1944.

(107 JOURS DEPUIS SON ARRESTATION)

Le Commissariat de Police répond à la demande de L’Ambassadeur de France adressée au Préfet.

M. Sonnery est transféré à Compiegne le 6 janvier 1944.

Cette information était absolument exacte, mais devait être mise dans une perspective chronologique. Premièrement, elle était obsolète depuis 89 jours. Sa femme avait alors reçu deux lettres de son mari, la première disant qu’il était en route pour Buchenwald et la seconde lui disant qu’il était à Flossenburg. Il était à Flossenburg depuis le 22 février où Sebastien Jean-Marie Sonnery décèdera seulement deux semaines plus tard.

CUSSONAC a signé la lettre. René Cussonac était un fidèle de Pétain qui, depuis juin 1943, était surintendant de la Police Nationale, créée par Vichy, responsable de Lyon. Ce chef de la police pro-allemande a constitué un cadre de « Français dignes de confiance », salués par Klaus BARBIE – le célèbre boucher de Lyon qui a déclaré : « Sans eux, je n’aurais jamais pu aussi bien faire mon travail. »

Cussonac pourchassait avec enthousiasme ceux qui évitaient le STO, les résistants et les juifs. De nombreux épisodes horrible portant sa marque.

Après la libération de Lyon, la Cour de Justice est créée le 29 septembre 1944. Lorsque les magistrats entrent en fonction le 7 octobre 1944, René Cussonac est le premier mis en examen.

Le tribunal siégea pour la première fois le 3 novembre et Cussonac fut condamné à mort.

LE MAIRE SONNERY MEURT À FLOSSENBURG LE 17 OU LE 18 AVRIL 1944

Je ne sais pas quand cette inscription a été faite à l’état-civil de Chamelet. Il montre cependant que le dossier sur lequel s’est appuyé le ministre des Victimes de guerre était le deuxième établi par la 90e division d’infanterie américaine plutôt que par l’acte de décès allemand, qui indiquait la date du décès comme la veille – lundi 17 avril 1944. .
Elle a également été faite de manière rétrospective puisque cette information n’a été communiquée qu’au plus tôt en 1945 et, plus probablement, en 1946.

Libération

16H00 DIMANCHE 12 NOVEMBRE 1944

Lyon avait été libérée le dimanche 3 septembre 1944 et les forces de l’Allemagne nazie battaient en retraite.

Une réunion du Conseil Municipal de Chamelet a eu lieu, la première fois dans un calme relatif et non plus selon les règles du Gouvernement de VICHY. De Gaulle et son gouvernement fantôme étaient rentrés d’Alger en France le samedi 9 septembre 1944.

Les membres du Conseil Municipal de Chamelet ignoraient encore le sort du maire Sonnery. Cependant, ils ont profité de l’occasion pour mener à bien un processus, jouissant sans doute de la liberté qu’ils avaient méritée.

Monsieur Sonnery est élu maire de Chamelet, six voix contre une pour Louis Bréchard. À leur insu, Chamelet venait d’élire un mort.

Libération au bourg – Une photo de la collection privée d’Antoine LAFAY.

Paris avait été libérée le samedi 19 août 1944 et Lyon, 15 jours plus tard, le dimanche 3 septembre. Cependant, la guerre en Europe ne prendra fin que l’année suivante.

Le 7 mai 1945, à Reims, au quartier général des forces expéditionnaires alliées, le maréchal allemand Alfred Jodl signa la capitulation des armées allemandes. S’ensuivit une deuxième capitulation le 8 mai 1945 avec les représentants de l’URSS, de la Grande-Bretagne, de la France et des États-Unis. A cette occasion, c’est le maréchal Wilhelm Keitel qui a signé à 11h01 CET, marquant ainsi la fin des hostilités dans la guerre en Europe.

Malgré cela, le gouvernement intérimaire nouvellement installé a décidé d’organiser ses premières élections. La tenue d’élections était en soi un événement véritablement capital pour un pays occupé depuis juin 1940. Mais c’était aussi la première élection où les femmes pouvaient voter.

Avec un système majoritaire à deux tours utilisé dans les communes, les dates fixées étaient le 19 avril et le 13 mai 1945. À 9 heures, le 6 mai 1945, deux jours avant la reddition officielle de l’Allemagne, Chamelet se préparait pour élire son nouveau maire.

Plusieurs membres du Conseil Municipal de 1935 avaient été réélus  :

Jean RIVIER
Antoine RIVIER
Jean DESVIGNES
Jean-Marie DESHAYES
Louis BRÉCHARD

Nouveaux membres inclus :

Claudius PIVOT
Joseph CHERPIN
Jean Joseph AUBY

et la première femme membre du Conseil Municipal Eugénie MARIZY (née GIRARD), épouse de Charles Arsène MARIZY.

La dixième place au Conseil Municipal était indiquée par un espace vide adjacent à la position 1 du Registre des Délibérations, espace vacant en attendant le retour de Sébastien Jean-Marie SONNERY.

Neuf membres du Conseil Municipal ont pu voter. Le vote s’est déroulé selon un système majoritaire simple, et toute personne obtenant cinq voix ou plus obtiendrait la majorité.

PREMIÈREMENT, L’ÉLECTION DU MAIRE :

Jean Marie SONNERY – 8 voix
Joseph CHERPIN – 1 voix

Une fois de plus, Chamelet avait involontairement confié le poste de maire à un homme décédé aux mains des forces d’occupation nazies il y a plus d’un an.

1 an, 19 jours, pour être exact.

SUIVANT, LE VOTE POUR LE PREMIER ADJOINT – PREMIER ADJOINT..

Louis BRÉCHARD – 5 voix
Jean DESVIGNES – 2 voix
Joseph CHERPIN – 1 voix
Claudius PIVOT – 1 voix

Louis BRÉCHARD est déclaré Premier Adjoint.

ENFIN, LE VOTE POUR LE DEUXIÈME ADJOINT.

Jean DESVIGNES s’est présenté sans opposition et a obtenu neuf voix.

20H00 SAMEDI 22 SEPTEMBRE 1945

Ce n’est que le samedi 22 septembre 1945, à 20 heures, que le Conseil Municipal, et par extension la commune de Chamelet, apprennent le sort de leur Maire, Sébastien Jean Marie SONNERY.

Le président du Conseil municipal a expliqué le calendrier allant de son arrestation pour refus de dénoncer le maquis jusqu’à sa mort à Flossenburg.

Ils ont ensuite discuté et convenu d’une série de monuments commémoratifs en l’honneur du maire Sonnery. L’une est une plaque à l’extérieur de la mairie :

«À la mémoire de Jean-Marie SONNERY, Maire de Chamelet, déporté par les Allemands le 19 décembre 1943, décédé le 18 avril 1944 au camp de Flossenburg. Victime de la barbarie nazie.»

Sources

RESSOURCES:

Registre des Délibérations, Conseil Municipal de Chamelet Mars 1912 –

Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon 3353 W2  Chamelet 1944

SONNERY Sébastien (dit JEAN-MARIE) 3335W25,  3335W6  Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon
La cour de justice de Lyon, section du Rhône (septembre 1944-juillet 1949) Virginie Sansico. Histoire de la Justice 2008 Pages 45 à 57

Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon cour de justice n° 1277.

Chamelet État-Civil 1930 – 1949

REMERCIEMENTS:

Merci à Charles Bréchard, petit-fils de Charles Marizy et à Antoine LAFAY, pour leur description du contexte dans lequel se déroule cette page.

REMARQUES:

Cette page n’aborde pas le détail des mouvements du Maquis. La politique, les opérations, les lieux et les activités de la résistance au sein de la Vallée d’Azergues seront bientôt abordés dans d’autres pages de ce site. Ce n’est que lorsque des actions spécifiques sont pertinentes par rapport aux objectifs de cette page que ces informations, pour autant qu’elles soient connues, seront décrites.

Texte en anglais de Martin Baker.
Traduction en français par Yves Aupetitallot.

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