
Le mémorial du RAF Bomber Command à Beachy Head.
Le mémorial du RAF Bomber Command, situé à Beachy Head au-dessus du phare. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ce point était fréquemment survolé par les bombardiers partant de leurs bases dans l’est de l’Angleterre en direction de cibles à travers l’Europe.
Il fut inauguré en 2012, deux semaines seulement avant que la Reine n’inaugure le Royal Air Force Bomber Command Memorial à Green Park, grâce au travail acharné de Joe Williams, ancien mitrailleur arrière de la RAF qui, après avoir accompli vingt missions, fut abattu en 1945 au-dessus de ce qui est aujourd’hui la République tchèque.
Leur dernière vue de l'Angleterre
Les trois équipages sur lesquels se concentre Écrivélo auraient vu leur dernière vue de l’Angleterre le long de cette côte, bien que pas directement au niveau de Birling Gap.
L’Admiral Prune, un Lancaster qui s’est écrasé près de Valsonne, a quitté la base de la RAF à Syerston à dix-huit heures dix le soir du quatre février 1943, au sein d’une force de cent quatre-vingt-huit appareils en direction de Turin, en Italie. Ils volèrent vers le sud au-dessus de Reading et franchirent le littoral à Selsey Bill, à quatre-vingts kilomètres à l’ouest de Beachy Head.
Le vingt-sept avril 1944, l’équipage du Worry Bird qui s’est écrasé à Saint-Cyr-de-Valorges faisait partie des vingt et un B-24 Liberator qui décollèrent de Harrington en direction de largages destinés à la Résistance française. Eux aussi franchirent le littoral à Selsey Bill.
Le Mosquito du 627e Squadron qui s’est écrasé à Ternand dans la nuit du vingt-six au vingt-sept juillet 1944 décolla à 23h14 de Woodhall Spa, en soutien de cent soixante et onze Lancaster en direction des gares de triage de Givors, et suivit une route légèrement différente vers sa cible, franchissant la côte à Bridport dans le Dorset, à plus de deux cents kilomètres à l’ouest du mémorial. Ce détour fut nécessaire pour éviter les combats au sol qui suivaient l’invasion du jour J cinquante jours plus tôt.
Adieu donc, sol de l’Angleterre ; adieu, terre chérie, ma mère, ma nourrice, qui me portes encore !*
Sous eux, l’Angleterre s’éteignait. Pas une lumière visible, rien pour se guider que les étoiles et leur présence mutuelle. À bord de ces trois appareils, dix-huit jeunes hommes traversaient cette côte, emportant avec eux tout ce que leurs pays espéraient encore devenir. Onze ne revirent jamais leur pays. Des sept qui y parvinrent, certains durent attendre des mois, d’autres des années, avant de revoir l’Angleterre.
*William Shakespeare, Richard II, translated by François-Victor Hugo
In: Œuvres complètes de Shakespeare, Tome XI: La patrie – I
Paris, Pagnerre, 1872, pp. 83–194
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